
L’hypersensibilité dans l’imaginaire collectif, semble apparaître bien souvent sous les traits d’une faiblesse de caractère, sous ceux d’une personnalité fragile ou encore résultant d’une blessure ou d’un traumatisme.
Elle est communément réduite à une mauvaise gestion émotionnelle, un état presque « pathologique » de l’individu.
N’est-il pas temps de mettre un terme aux clichés arbitraires et dévalorisants ?
L’hypersensibilité du mythe à la réalité.
Elle concerne environ 15 à 20 % de la population, aujourd’hui. Plus qu’une simple singularité incomprise, c’est tout un « être au monde » qu’il faut redéfinir.
L’hypersensibilité est une infrastructure psychologique et neurologique plus complexe qu’une simple sensibilité émotionnelle accrue.
On la réduit à tort à l’empathie, même si elle est, en effet, exacerbée chez le sujet hypersensible, elle n’en est pas pour autant l’alfa et l’oméga.
L’empathie, est propre à l’ensemble de l’espèce humaine, elle n’est pas l’adage exclusif des hypersensibles. Elle découle de l’intelligence émotionnelle, de cette partie de notre cerveau que l’on nomme en sciences cognitives les capacités du « cerveau limbique ». C’est au contraire son absence ou sa mise en sommeil qui relève davantage de la pathologie, en provoquant un décalage dans la relation à l’autre.
Mais il est vrai que l’individu enfant ou adulte hypersensible se trouve en proie aux émotions des autres. Sous l’effet des neurones dit « miroirs », cette « hyperempathie » devient une porte ouverte sur l’autre, impossible à refermer. Elle oblige à ressentir malgré soi. L’exercice revient alors pour l’hypersensible, à trouver des moyens de ne pas se laisser envahir par ce qui ne lui appartient pas. Afin de vivre son « existence propre » et non s’affliger de la souffrance de l’autre.
Une activation du système nerveux plus élevé.
L’hypersensibilité est avant tout une spécificité neurologique, elle ne découle pas de l’expérience ou de l’éducation du sujet. C’est plutôt le chemin inverse qui se produit. Le sujet hypersensible, va en fonction de son vécu décupler sa sensibilité ou au contraire l’atténuer. La qualité de l’environnement social et familial durant l’enfance est donc primordiale pour cette population.
Le cerveau des hypersensibles est identiques à celui du reste de la population, la différence réside dans le fonctionnement de certaines de ses parties et de leurs interrelations.
Plusieurs études réalisées entre 2010 et 2020 notamment en Chine, au Danemark ou encore en Angleterre, ont révélé que ces spécificités étaient innées et d’origine génétique.
Comme l’indiquent les recherches d’Elaine Aron de 2017, l’hypersensibilité affecte la sphère émotionnelle, la sensorialité et la cognition. C’est sur ces trois plans que les individus hypersensibles se démarquent. Ils reçoivent une telle quantité de messages nerveux, qu’ils perçoivent de nombreuses informations invisibles aux yeux des autres individus.
Le revers de la médaille d’une réceptivité accrue.
Cette hyperstimulation du système nerveux ne s’arrête pas à la dimension purement psychologique.
Elle provoque également dans le corps via les sens, une hypersensorialité. On parle alors d’hyperesthésie, d’un ou plusieurs sens. Assenheim (2020). Et affecte également la « proprioception », la manière de percevoir son corps dans l’espace et le ressenti de la douleur, appelée « nociception ».
Autrement dit, l’individu ressent « plus fort », souvent « trop fort ». Il se retrouve parfois désarmé et incompris face au corps médical lorsqu’il exprime sa douleur aussi bien physique que psychologique.
Ces individus aux sens démultipliés ressentent alors un réel inconfort allant jusqu’à la gène et même la douleur, dans les lieux bruyants ou agités, ou encore se sentent agressés par certaines lumières ou odeurs.
C’est notamment le cas des tout-petits que l’on noie dans l’hyperstimulation de la collectivité dès leur plus jeune âge.
À la crèche ou à l’école, ils se retrouvent submergés par le bruit, l’effervescence et ressentent un stress inouï qu’ils ne peuvent exprimer par les mots. Cris et pleurs sont alors leurs seuls moyens pour se faire comprendre et exprimer leur inconfort, leur stress, et même leur souffrance.
La sociabilisation, doit-elle réellement passer par « la foule », de nombreux psychologues et psychiatres s’interrogent de plus en plus aujourd’hui sur cette question. En abordant le rapport à l’autre par un rapprochement progressif, et proposent d’élargir progressivement le cercle social des enfants.
En résumé, l’hypersensibilité, n’est pas « chichi », ni simple « empathie démesurée », elle est une perception de l’existence qui concerne près de 2 personnes sur 10. Du fait de l’évolution cognitive de nos cerveaux humains, il y a fort à parier que cette propension va s’étendre encore davantage au sein de générations futures.
Il est sans doute temps, tout comme nous nous ouvrons à d’autres neuro-divergences, telles que le TDAH ou l’autisme pour ne citer que les plus connues, d’ouvrir nos esprits et d’éduquer nos institutions à cette singularité.
L’inclusion de l’hypersensibilité dès les premières années de la vie sociale ne semble-t-elle pas un rempart face aux risques psycho-sociaux qui peuvent découler de cette haute sensibilité lorsqu’elle est incomprise ou ignorée ?
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Ressources :
Czerwinski, N. (2024, 7 septembre). Qu’est-ce que l’hypersensibilité ? Harmonie Santé. https://www.harmonie-sante.fr/prevention-sante-bien-etre/psychologie/quest-ce-que-lhypersensibilite
Claudon, P. (s. d.). L’Hypersensibilité, un fonctionnement psychique et une pratique psychothérapique à définir. Theses.fr. https://theses.fr/s300736
Bordarie, J. (2024, 24 octobre). Mythes et réalités de l’hypersensibilité ; Polytechnique Insights. https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/science/hypersensibilite-le-vrai-le-faux-et-lincertain/
Lelièvre, C. (2025, 6 janvier). Tous les enfants sont-ils faits pour la collectivité ? Les Pros de la Petite Enfance. https://www.lesprosdelapetiteenfance.fr/article/tous-les-enfants-sont-ils-faits-pour-la-collectivite/
The coversation (22 octobre 2024). Vous avez dit « hypersensibilité » : que nous dit la science ?
